La Bastide de Jennie

L’histoire contée dans ce roman n’est qu’une fiction. Elle s’appuie toutefois sur des faits historiques avérés et s’inspire de personnages ayant réellement existé.

Les marins de Martigues et la guerre d’Indépendance en Amérique

 

De 1778 à 1783, au moins 275 Martégaux sont inscrits sur les registres des marins ayant participé à la guerre d'indépendance des futurs États-Unis d'Amérique. Ces marins seront enrôlés dans la marine de Louis XVI pour aider les insurgés américains. Au moins 153 marins de Martigues embarquent sur l'escadre du Comte D'Estaing qui quitte Toulon en 1778, puis 59 autres Martégaux embarquent sur celles des Comtes de Guichen et de Ternay qui quitte Brest en 1780 et enfin 63 sur l'escadre du comte de Grasse partie de Brest le 22 mars 1781. 62 bateaux ont participé à ces escadres et 50% de ces navires ont embarqué des marins de Martigues. 24 martégaux ne sont pas revenus de cette aventure.

La bataille de Chesapeake

 

Le 5 juillet 1781, de Grasse appareille pour Saint-Domingue en escortant un gros convoi. Au mouillage de Cap Français, de Grasse reçoit l’appel à l’aide de George Washington et du général Rochambeau, le commandant du corps expéditionnaire français. La situation des Américains est alors très difficile : pas d’argent, plus de médicaments, des désertions en masse, deux importantes armées anglaises stationnant à New York et en Virginie. Rochambeau conseille à Washington de marcher plutôt vers l’armée anglaise du sud commandée par Charles Cornwallis, installé dans la presqu’île de Yorktown à l'entrée de la baie de Chesapeake. De Grasse, qui n’a pas d’ordre précis de Versailles accepte cependant le plan qui lui est proposé. L’escadre de Barras de Saint-Laurent qui stationne à Newport où elle est inactive depuis le premier combat de la Chesapeake, accepte de se joindre à l’opération. C’est un renfort important qui donne une très nette supériorité navale aux Français pour tenter cette opération de grande envergure. De Grasse fait embarquer sur sa flotte les sept régiments destinés à attaquer la Jamaïque, avec un petit corps de dragons et d’artilleurs : 3 200 hommes en tout, avec du matériel de siège, des canons et des mortiers. Le moral, stimulé par les victoires précédentes est très élevé. L'escadre se sent forte au point de couper au travers des écueils du canal de Bahama jusqu'alors inconnu aux flottes françaises.

 

Le 30 août, les 28 navires de ligne et les 4 frégates de De Grasse se présentent à l’entrée de la baie de Chesapeake. Le débarquement des troupes sous les ordres du marquis de Saint-Simon commence aussitôt. La situation des Français reste, pendant plusieurs jours, extrêmement aventureuse, car avec 8 000 soldats réguliers et 9 000 Américains loyalistes, Cornwallis dispose de forces très supérieures. L’armée de Rochambeau est encore loin, mais de Grasse envoie 4 navires bloquer les rivières James et York.

Le 5 septembre, l’opération de débarquement n’est pas encore achevée qu'une flotte se présente à l’horizon, mais ce n'est pas celle de Barras de Saint-Laurent. Ce sont les pavillons des Anglais Hood et Graves qui apparaissent dans les longues vues, avec 19 navires de ligne et 7 frégates. L’instant est décisif pour les Français, qui d’assiégeants risquent de se retrouver en situation d’assiégés, enfermés dans la baie. Mais de Grasse réagit aussitôt : il stoppe le débarquement, laisse filer les ancres, et se prépare à engager le combat avant que l’escadre anglaise ne bloque la baie entre les caps Charles et Henry. De Grasse a un atout important : il a plus de vaisseaux que les deux amiraux anglais. Côté anglais, Hood trop sûr de lui — car il est du côté du vent — laisse passer sa chance en attendant que les Français se déploient pour ouvrir le feu. À cette première erreur, s’ajoute une confusion dans la compréhension des signaux : l’avant-garde anglaise s’éloigne de son centre et de son arrière-garde alors que les Français ouvrent le feu. La tombée de la nuit sépare les combattants. La bataille dure quatre heures et se révèle indécise, concentrée essentiellement sur les deux avant-gardes. Cependant, la flotte anglaise a beaucoup souffert : 5 vaisseaux sont très abîmés et l'un d'eux doit être sabordé dans la nuit. Hood et Graves restent encore au large jusqu’au 9 septembre alors que de Grasse cherche à reprendre le combat. En vain. Les deux chefs anglais finissent par rentrer sur New York pour réparer. Cette retraite signe la victoire de De Grasse à la « Bataille des caps », que l’histoire retient sous le nom de Bataille de la baie de Chesapeake.

La Terreur à Martigues

 

Dans le sillage de Marseille qui bascule dans l’insurrection fédéraliste au printemps et été 1793 contre la Convention, Martigues adhère au mouvement sectionnaire le 17 mai 1793. Mais en août, après qu’une partie de l’armée départementale en fuite se réfugie à Martigues, Carteaux entre dans Martigues et met fin au mouvement fédéraliste. « Vive la République, vive la Montagne » clame avec retard la municipalité. Débutent alors les dénonciations et les arrestations. En septembre, un commissaire spécial est nommé, chargé d’établir la liste des personnes émigrées ou détenues pour cause de fédéralisme. Leurs biens font l’objet d’un registre, mis sous scellés, vendus aux enchères publiques, les terres et propriétés agricoles affermées. Une émigration massive s’ensuit. En janvier 1794 le catholicisme est prohibé à Martigues. L’église de la Madeleine est convertie le 16 mars 1794 en Temple de la Raison. La mort de Robespierre met fin à cette période de Terreur, et la réconciliation gagne du terrain, mais bientôt les Sans-culottes sont pourchassés à leur tour.

Les familles émigrées

— Joseph Nicolas Sabatier naît en 1761 à Martigues. Dès son plus jeune âge Joseph Nicolas est inscrit sur les registres de navigation. Nous sommes en plein dans la guerre d'indépendance des États-Unis. Les Français apportent leur soutien militaire avec les forces terrestres des généraux Lafayette et Rochambeau et les forces navales des amiraux, les Comtes d'Estaing et de Grasse. Avec le Caton, Joseph Nicolas quitte Brest le 22 mars 1781 dans l'escadre du Comte de Grasse qui participera à la bataille de Chesapeake. Il est alors signalé absent par le commissaire des classes. Personne, à Martigues, ne semblait donc savoir ce qu'il était devenu. Joseph Nicolas est en fait resté en Amérique et s'installe en Louisiane. Il ne reviendra pas au Martigues et décède à Saint-Louis en 1837.

— Jean Nicolas Autheman naît à Martigues en 1736. Avec son épouse, ils font le commerce de vin et de tabac, des licences leur sont attribuées en 1791. Dans la période révolutionnaire, on trouve la trace de deux Autheman, Antoine et Nicolas, qui représentent les Maîtres Chirurgiens et le corps des Boutiquiers à l'assemblée du Tiers État. Ces activités politiques pendant la Révolution poussent Jean Nicolas à s'enfuir avec une partie de sa famille vers la Louisiane pour éviter des persécutions. L’un de ses enfants, Joseph Gaspard aura des enfants de son esclave qu’il légitimera et fera baptiser à Saint-Louis.

 

— Jean-Jacques Audibert naît en 1682 à Martigues et émigre en Acadie vers 1700. Il épouse Marie-Jeanne en 1712 à Beaubassin, où il s'était sans doute enfui après la chute de Port-Royal. Ils auront 10 enfants dont la plus jeune Marie naît en 1740. Marie Audibert a un début d'existence agité. Orpheline de père en bas âge, elle subit la déportation forcée des populations acadiennes par les Anglais en 1755. Avec sa mère, elle fait partie des civils réfugiés et assiégés dans le dernier fort tenu par les Français, le fort Beausejour. Elle passe la vallée du Saint-Laurent et arrive à Québec. Elle épouse François Prieur, originaire de Normandie et second officier sur un bateau marchand. Le couple s'établit sur une île du Saint-Laurent, l'île aux Grues. Moins de deux ans après s'être réfugiée à Québec pour fuir l'avance anglaise, au prix de grandes privations, et à peine quelques mois après la naissance de son fils, Marie voit la guerre la rattraper. Québec est assiégée par la marine anglaise au cours de l'été 1759 et tombe en septembre. C'est dans ces circonstances que son mari François Prieur emmène sa famille en Louisiane où il obtient en concession une terre. Le couple s'y construit une maison en 1760, et il peut enfin mener à partir de cette date une existence paisible. Ils occupent une position en vue dans la petite société locale, car François sait lire et écrire, ce qui lui permet d'occuper certaines charges civiques.

La Louisiane

 

Le retour de la Louisiane dans le giron de la France est concrétisé par le traité - secret - de San Ildefonso, signé le 1er octobre 1800 par Bonaparte et Charles IV d'Espagne. Bonaparte espère alors instaurer un nouvel empire colonial. Mais après ses défaites en Europe, il devra abandonner ses ambitions américaines.

Paradoxalement, la Louisiane redevient officiellement française le 30 novembre 1803, alors que Bonaparte, l'avait, purement et simplement déjà vendu aux États unis. Les accords de rétrocession resteront secrets jusqu'au 26 mars 1803, date à laquelle le préfet aux colonies, Pierre Laussat, fera l'annonce du transfert. Les Louisianais, qui avaient appris avec décalage qu'ils étaient devenus espagnols et s'étaient demandé pendant des années si ce changement de nationalité allait réellement apporter des modifications à leur vie, découvrent donc, avec deux ans de retard, qu'ils sont redevenus français.

 

Le 30 novembre, le drapeau tricolore remplace officiellement les couleurs espagnoles au sommet du mât de la place d'armes mais vingt jours après, il est remplacé par la bannière étoilée devant une foule silencieuse. La Louisiane constitue un cadeau royal pour les États-Unis leur permettant quasiment de doubler leur superficie, un cadeau qui ne leur a coûté que 11 250 000 dollars !

La cohabitation avec les Américains ne se fera pas aisément, car on voit d'un mauvais œil ces nouveaux venus anglophones et protestants. La Louisiane deviendra un nouvel état de l'Union en 1812, marquant ainsi son intégration définitive dans les États-Unis d’Amérique.

Pourtant le conflit avec les Anglais, qui cherchent à prendre La Nouvelle-Orléans, persiste. La guerre va durer trois ans, de 1812 à 1815. Le point final sera la bataille de La Nouvelle-Orléans, le 8 janvier 1815, où les Anglais seront définitivement battus. Cette victoire de l'Union fut remportée alors que le traité de Gand, qui mettait fin aux hostilités et marquait la réelle indépendance des États-Unis, était signé depuis déjà deux semaines.

Dès lors, le progrès peut vraiment entrer en Louisiane : chemin de fer, canne à sucre, coton, architecture. Malheureusement, cela n'était possible que grâce à des armées d'esclaves, ce qui divisera les Américains et provoquera une guerre civile, la Guerre de Sécession, qui plongera la Louisiane, pendant 17 ans, dans la plus grande tragédie de son histoire.

Le vesou fait l’objet d’une clarification (tamisage, chauffage, ajout de chaux : chaulage) évaporation conduisant au sirop, puis concentré pour obtenir le sucre cristallisé (chauffage à 55°C) transformé ensuite dans une raffinerie. Le vesou peut aussi faire l’objet d’une fermentation et distillation pour obtenir le rhum agricole. Le résidu liquide de la fabrication du sucre, sucré, noirâtre et visqueux est la mélasse. Après fermentation et distillation, on obtient le rhum industriel (le tafia). Le mélange de mélasse et de bagasse peut être utilisé pour l’alimentation du bétail.

La canne à sucre en Louisiane

 

Elle venait de Saint-Domingue où elle était cultivée avec succès. En Louisiane pendant longtemps cette culture ne prospéra pas. On ne cultivait alors la canne à sucre que pour produire du sirop et une sorte de rhum nommé tafia.

En 1793 et 1794, un insecte dévasta la récolte d’indigo et les planteurs furent presque ruinés. L’un d’eux, Jean-Etienne de Boré résolut de se tourner vers la canne à sucre. À la fin de 1796 les cannes de de Boré furent portées à la sucrerie. Elles furent écrasées ou roulées, le jus ou vin de canne fut bouilli et devint du sirop, Il avait fondé l’industrie sucrière et bientôt toutes les terres du midi de la Louisiane furent couvertes de champs de cannes Créole. Ensuite vinrent la canne Tahiti et en 1825 la canne dite à rubans qui convenait mieux au climat de la Louisiane.

Les planteurs se servirent de la vapeur en 1822 dans les sucreries. Après avoir travaillé la terre, il faut retirer le sucre des cannes environ huit mois après qu’elles sont sorties de terre et il faut les replanter tous les deux ans. La canne récoltée, sous forme de tronçons de tige, est transportée dans une sucrerie. Les tiges sont broyées dans un moulin, produisant un jus sucré ou vesou et un résidu fibreux, la bagasse. 

Vapeur et révolution industrielle à Marseille

 

L’aventure des frères Bourrely, qui se partagent le cœur de Jennie dans le roman, est vue à travers l’histoire de la vapeur à Marseille.

Celle-ci commence en 1819 avec les frères Barlatier qui équipent un moulin à farine, initiative infructueuse. Il faut attendre les années 1830 et le Pacte colonial qui limite les importations de sucre brut étranger pour voir Marseille devenir le premier entrepôt de sucre indigène (betterave) et les raffineurs introduire la vapeur dans leurs fabriques.

Parmi les pionniers des constructeurs de machines à vapeur, on trouve Elzéar Degrand. Il met au point une nouvelle chaudière à condensateur capable de cuire sous vide une grande quantité de pains de sucre raffiné. Grâce à cette invention, il connaît un grand succès.

L’Anglais Philip Taylor, se consacre d’abord à la pharmacie avant de rejoindre son frère et de s’orienter vers la construction mécanique. Il travaille à Londres avec le constructeur John Martineau, vendant des machines et des chaudières à vapeur à des raffineurs de sucre de la région parisienne ainsi qu’à Marc Seguin pour une compagnie de navigation à vapeur sur le Rhône. En 1834, il a 48 ans, il s’établit à Marseille pour le compte des minotiers Mariani. Fort de ses succès, il fonde alors sa propre entreprise. La demande locale n’étant pas assez importante, il constitue un puissant réseau de mandataires généraux spéciaux qui sillonnent l’Europe. Affaiblis par les évènements insurrectionnels marseillais de juin 1848, les actifs Taylor seront repris en 1853 par la nouvelle Compagnie des forges et chantiers de la Méditerranée.

La navigation transatlantique

 

Elle va être profondément transformée avec l’apparition des machines à vapeur.

En 1837, la Great Western Steamship Co. construit le Great Western aux chantiers navals de Bristol. Navire de 1340 tonneaux et 212 pieds de long, il est propulsé par une machine à vapeur agissant sur des roues à aubes. Il dispose en outre, en cas de défaillance de la machine, d'un gréement à voile de 4 mâts.

Pouvant recevoir 128 passagers à l’arrière et 20 à l’avant il est le premier navire à vapeur spécialement conçu pour la traversée de l’Atlantique Nord. En 1838, il s'empare du Ruban bleu en traversant l'Atlantique en 15 jours 10 heures 30 minutes, soit une vitesse moyenne de 8,9 nœuds. Son retour entre New York et Bristol se fait même avec un jour de moins. Plus grand et plus rapide navire transatlantique de son époque, il effectue soixante-dix traversées entre 1838 et 1844 et reprend, en 1843, le Ruban bleu au navire de la Cunard Line, le Columbia, qui s'en était emparé en 1841. Il détient le trophée encore deux ans avant d'être de nouveau battu par un autre navire de la Cunard, le Cambria. En 1855, il participe à la Guerre de Crimée comme transport de troupes de la Royal Navy, peu de temps avant d'être démobilisé en 1856 puis démoli en 1857.